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Le cœur brisé qui m’a sauvée, extrait du livre LA VIE DES GENS 2

Aujourd’hui il m’a appelée. Il m’a dit que je lui manquais, qu’il avait compris et qu’il s’en voulait. Évidemment ces mots m’ont touché, je l’ai tant aimé, naïvement, profondément.
Cet homme a su me charmer, moi qui suis si dur à cerner. Il s’est immiscé dans ma vie, il a remplacé ma solitude, l’ennui ou les conversations insipides avec mes amies. Il a révolutionné mon monde sans me faire la guerre, il disait venir en paix et je l’ai cru sur parole. Des paroles on en a échangé, on a parlé amour, religion, appartement et bébé. Pour lui je me serais opposée à mon père et peut-être que j’aurais changé. Je serais devenue une de ces jeunes femmes qui ne calcule plus ses amies et qui estime n’avoir plus aucun compte à rendre. Accumulant les dettes d’amitié, je n’aurais vu que par lui, ivre d’amour et de projets à deux, j’aurais arrêté mes études, trouvé un travail en deçà de mes capacités intellectuelles, j’aurais accepté son quotidien à lui, fait de RSA et d’alcool tous les week-ends. J’aurais délaissé ma foi, croyant ne plus être apte à prier et faire le signe de croix. Je serais devenue sa concubine et j’aurais vu mes rêves de mariage noyés sous des factures et des « on verra plus tard ». Au bout de deux ans ou trois ans, la passion amoureuse éteinte, l’amour consommé comme un verre de Coca sous 35 degrés, la routine installée m’aurait rendue amorphe. 5 kilos de peine et d’inquiétude seraient venus se loger dans mes cuisses et mon ventre, complexée, j’aurais décidé de disparaitre sous des vêtements sans couleur, amples, sans effet sur sa rétine. Et c’est à ce moment-là qu’il aurait commencé à me dire « Sors avec tes copines, apprête-toi, bouge avec ta gueule d’angoisse, j’sais pas moi ! » Toujours amoureuse mais consciente qu’il n’aurait pas le droit de me parler ainsi, j’aurais essayé d’apaiser la situation en allant dans son sens. Je serais sûrement sorti une ou deux fois avec une collègue, j’aurais peut-être acheté un bâton de rouge à lèvres chez Kiko pour mettre un peu de gaieté sur mon visage. Puis les mois auraient suivi et j’aurais compris que ces soirées hors du lit il les passait avec une autre. A ce moment-là dans un sursaut de fierté je l’aurais mis face à ses incohérences et du bout des lèvres il aurait sans doute avoué qu’une meuf sur ses côtes l’avait presque fait craquer. Face à mes larmes, il se serait justifié maladroitement, jurant ne pas être allé au bout de cette tromperie avérée. En froid avec mes proches, sans amie à qui parler, j’aurais sans doute accepté ses excuses, ne voulant pas que ces deux trois années de vie de commune soient vaines, refusant de m’avouer la vérité. On aurait joué à ce jeu des mois durant, je l’aurais menacé de partir, il m’aurait défié de le faire me sachant lâche et amoureuse. Un beau jour lasse de le voir boire avec ses potes insupportables et demeurés j’aurais entamé un régime, changé ma garde robe, repris le contrôle de mon propre corps. Peut-être que c’est à ce moment-là que j’aurais renoué avec une ancienne amie, assez compréhensive pour comprendre ma connerie, assez aimante pour me pardonner ma connerie. Cette amie m’aurait rappelé ma jeunesse, mon envie de vivre, elle m’aurait aidé à faire du shopping à regagner confiance en moi. Il l’aurait remarqué, alors il aurait commencé à rentrer plus tôt pour surveiller mes faits et gestes, il m’aurait dit « Je la sens pas ta copine, rien qu’elle sort et qu’elle fait la belle devant les mecs ! » Je n’aurais rien dit. Face à mon air placide il aurait opté pour la tendresse et se serait mis à me faire la cour comme au premier jour. Sorties, cadeaux, compliments, gestes tendres, promesses, il serait même allé jusqu’au « t’es ma femme, je suis rien sans toi » J’y aurais cru alors pour lui faire plaisir j’aurais pris mes distances avec ma fêtarde de copine, encore une fois. Elle n’aurait pas compris puis se serait mise en colère, à juste titre : « tu crois que je suis ton bouche-trou, moi ? t’es en froid avec ton homme tu as besoin de moi mais maintenant qu’il te chante du zouk, tu me nextes ? Ben reste avec lui, ciao ! » ça m’aurait fait un peu de peine mais je me serais répété que c’est pas avec nos amies qu’on fait des enfants. Amoureux acte 8 scène 52, rassuré que la menace ait disparu il aurait recommencé la biture et les soirées hors de l’appart. Pire, un soir tard j’aurais reçu un appel, celui d’une de ses maitresses m’assurant qu’il est le meilleur coup qu’elle ait jamais eu. J’aurais pleuré toute la nuit, humiliée, blessée et prête à le quitter. Il aurait pris peur mais il m’aurait dit que tout ça c’est de ma faute parce que je suis moins avenante et moins originale qu’avant, qu’un homme a besoin d’être émerveillé mais qu’il n’y a que moi qu’il aime et que c’est arrivé qu’une fois avec cette chienne. Il ajouterait même qu’il était bourré et que donc ça ne compte pas. Folle de rage, j’aurais décidé de rentrer voir mes parents une semaine ou deux et c’est à ce moment précis qu’il aurait fait le canard et m’aurait parlé de bébé. Là il m’aurait dit « j’ai compris, je vais changer, Je veux que tu sois la mère de ma gosse, je veux qu’elle te ressemble. » J’aurais tu la raison de ma visite à mes parents, parce qu’ils m’auraient sûrement rétorqué « je te l’avais bien dit, c’est pas un homme pour toi, il te tire vers le bas. » Pendant des jours j’aurais réfléchi, torturée. La raison et l’attachement se livrant un combat sans merci. Mais il aurait été mon premier grand amour, un amour d’adulte selon moi… Alors je serai revenue et ce bébé on l’aurait fait. Quelques mois après sa naissance les disputes auraient repris de plus belle, j’aurais cramé des textos de cette même fille sur son iPhone et il aurait même pas cherché à nier. Pieds et poings liés, mère avec un petit salaire j’aurais attendu trois ans avant de le quitter. Mal dans ma peau, ddésabusée et pleine de rancœur j’aurais changé de quartier et on se serait disputés pour la garde de la petite. Très vite Il aurait refait sa vie avec cette même fille qui n’était qu’un coup d’un soir, elle lui aurait donné un fils et il aurait oublié d’élever la petite… Alors je l’aurais maudit et réconciliée avec ma famille j’aurais mis en garde mes petites cousines sur les beaux parleurs qui te parlent de projets alors qu’ils ne veulent que jouer.
Mais tout cela ne s’est pas produit, heureusement, parce que du jour au lendemain il est sorti de ma vie aussi rapidement qu’il y est entré, me laissant seule et vide, comme spoliée. Aujourd’hui il a refait surface s’excusant pour ce silence radio, celui-là même qui m’a sauvée…

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